*** Voilà ce qui est arrivé à Lauryn Hill, une tragédie!!! ***

Publié le par sweety candy

 

Comme je le disais donc plus tôt, l'attraction majeure du festival de Solidays 2007 était évidemment Lauryn Hill. Pour ma part, les derniers échos que j'avais eu de la diva soul était son apparition avec Wyclef et Pras des Fugees dans le Dave Chappelle's Block Party sorti il y a deux ans. Lauryn Hill était donc sortie de son pétage de plomb artistique et médiatique ("Pendant deux ou trois ans, je me suis écartée de toute interaction sociale"). Pourtant sur cette grande scène de Solidays où le public était là pour elle, sans aucun autre concert simultanément, Lauryn Hill déchante. On avait gardé en mémoire la magnifique voix de Lauryn sur "Doo-Wop", "Ex-Factor" ou "To Zion", on avait vibré face à l'émotivité et la fragilité de la jeune artiste et sa guitare sur le MTV Unplugged 2.0. Pourtant, c'était il y a presque 10 ans de cela qu'est sorti The Miseducation Of Lauryn Hill, et d'ici, on n'avait pas vu les ravages du temps faire son effet, on avait toujours en tête cette jeune et fraîche artiste, figure de proue d'une culture urbaine, certes promulguée par MTV et consorts.


Car sur scène débarque une intruse, une violation de la mémoire collective. Le choc est un peu rude. Sur une annonce surréaliste en anglais puis français, que l'on croirait tout droit sorti de Rocky IV ("Mesdames et messieurs, voici Miiiiss Lauryyyyn Hiiiiiiill !!"), déboule une allumée surexcitée, un mélange de Macy Gray et Yvette Horner en imperméable qu'elle ne quittera plus. Devenue excentrique, sa musique en a également pris un sacré coup. Lauryn Hill ne chante plus, elle rappe, elle gueule, elle jappe, elle ... en fait trop. Métamorphosée en toaster, rappeuse, celle qui se produit devant nous n'est plus celle qui pleurait sur sa guitare, celle dont la voix faisait trembler. En soi le concert n'était pas mauvais, quelques bons moments, mais entendre "To Zion" ou "Doo-Wop" se faire autant massacrer fait mal.

Finalement, après plus d'une heure de set, il faut bien se rendre à l'évidence. Lauryn Hill n'est plus. MC Lauryn Hill est en revanche. Mais on se rend bien compte que la personne a totalement englouti l'artiste qu'était Lauryn Hill. La vingtaine dans les années 90, elle était une jeune adulte en proie à ses craintes, à ses démons, qu'elle exorcisait magnifiquement dans sa musique. La trentaine dans les années 2000, après un break total et surtout l'éducation de ses quatre enfants, elle est devenue une mère craintive, paranoïaque du monde qui l'entoure, protectrice de ses enfants envers le monde malade qui les entoure, pour eux, elle devait être forte et inébranlable. Jeune, elle était fragile et émotionnelle, vulnérable et à fleur de peau ("J'ai dû me confronter à mes peurs et dominer chacune de mes pensées démoniaques à propos de mon inferiorité, de la peur d'être noire, jeune et talentueuse dans une culture occidentale"). Depuis, elle ne l'est plus. Le monde phallocratique qu'elle redoutait tant et sur lequel elle crachait si ardemment a fini par l'engloutir, en la transformant en homme, solide, droit et fier, troquant sa fragilité pour une arrogance et une aggressivité surfaite, rappant et grognant au lieu de chanter, Busta Rhymes avec une perruque quoi.

"Les enfants sont sans passé et c'est tout le mystère de l'innocence magique de leur sourire" a écrit Milan Kundera. Le monde a changé le sourire de Lauryn Hill, et pourtant c'était l'une des meilleures d'entre nous

 

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